A propos de ce blog

C'est durant ma petite enfance que j'ai découvert l’œuvre de Georges Brassens, grâce à mon père qui l’écoute souvent durant les longs trajets en voiture. Sur la route des vacances estivales, j'ai entendu pour la première fois Le Petit Cheval alors que je n'avais que 4 ans. C'était en août 1981. Au fil des années, j'ai découvert bien d'autres chansons. Dès l'adolescence, Georges Brassens était ancré dans mes racines musicales, au même titre que Jacques Brel, Léo Ferré, Barbara et les autres grands auteurs-compositeurs de la même génération. M’intéressant plus particulièrement à l’univers du poète sétois, je me suis alors mis à réunir ses albums originaux ainsi que divers ouvrages et autres documents, avant de démarrer une collection de disques vinyles à la fin des années 1990. Brassens en fait bien entendu partie. Cet engouement s’est accru au fil du temps et d’évènements tels que le Festival de Saint-Cyr-sur-Morin (31/03/2007) avec l’association Auprès de son Arbre. A l’occasion de la commémoration de l’année Brassens (2011), j’ai souhaité créer ce blog, afin de vous faire partager ma passion. Bonne visite... par les routes de printemps !

J'ai rendez-vous avec vous

"Chaque fois que je chante une chanson, je me fais la belle." Georges Brassens

dimanche 29 octobre 2017

Encore un qui s’approche armé d’une guitare...

Guy Béart -  © Michel Bourdais - CC BY-SA 3.0
Le 10/08/1955, Georges Brassens se produit au Théâtre de Verdure de Nice, avec le chansonnier Jacques Grello en vedette américaine. Guy Béart, en vacances durant deux semaines chez son oncle Jacques, ne peut s'offrir une place, mais se rend tout de même sur les lieux et assiste au spectacle depuis l'extérieur, s"asseyant sur l'un des bancs situés autour du théâtre, au cœur du jardin Albert-Ier, face à la mer. Malgré l'acoustique approximative qui en découle, la sobriété de l'accompagnement des chansons du sétois joua un rôle important dans la perception des paroles par le jeune ingénieur des ponts et chaussées. Ce qu'il explique par ailleurs dans son autobiographie L'espérance folle (1987). J'ai rendez-vous avec vous, Une jolie fleur, Le parapluie, P... de toi, Les sabots d'Hélène, Le gorille, La prière (ou Il n'y a pas d'amour heureux), Hécatombe, Chanson pour l'auvergnat, Je suis un voyou, Le fossoyeur, Brave Margot, La cane de Jeanne et Le mauvais sujet repenti sont les titres prévus au programme, comme indiqué par Georges dans les pages du 01 au 03/01/1955 de son agenda "Pensées". [Brassens G. - Journal et autres carnets inédits - p. 329] A l'issue du récital, il rejoint les coulisses et attend, tandis que Brassens reçoit le public venu en masse et signe des cartes postales illustrées d'une photo de lui, guitare à la main. A la fin de la séance, resté seul, Guy retient l'attention de Georges.

Georges Brassens: "Qu'est-ce que tu veux, toi ? Une photo ?"

Guy Béart: "Non. J'adore vos chansons. J'en écris moi-même."

Georges Brassens: "Oh là là ! Encore un qui écrit des chansons (...) Puisque tu es le dernier, viens dans ma loge, nous allons écouter ça."

Tandis que Pierre Nicolas entrebâille la porte et prévient discrètement Georges que tous l'attendent pour aller dîner, ce dernier fait s'installer son jeune visiteur, lui offre d'utiliser sa guitare. Béart, impressionné, entame maladroitement une première chanson judicieusement choisie: La case des palabres. Sa voix, rauque et voilée, prend progressivement de l'assurance.

Ah les vaches !
Ah ! quelle bande de vaches... 
Les plus grosses vaches de tout l'canton sont ici.
Sans relâche,
Lâches, elles m'arrachent
La belle cuirasse dont je m'étais verni. 

Cette chanson, inédite à ce jour, évoque la solitude que l'on peut éprouver au sein d'une foule. On notera l'utilisation du mot 'vache' et sa connotation anarchiste, récemment remis au goût du jour par l’œuvre de Brassens en particulier. A l'écoute intégrale de la prestation de Béart, le poète sétois marque un silence, ponctué par un bref encouragement: "Continue." Le futur auteur-compositeur de L'eau vive se met à chanter La sainte puis L'âne (Bougre d'âne). [Vignol B., 2016. Guy Béart - Il n'y a plus d'après - p. 38] On frappe à la porte: c'est Jacques Grello venant chercher Georges pour le dîner.

Georges Brassens: "Entre. Écoute-le. Depuis le temps qu'on me montre des chansons, voilà un jeune qui sait les faire !" [Béart G., 1987. L'espérance folle - p. 66]

Devant son auditoire renforcé, c'est un Béart maintenant enthousiasmé qui interprète Le quidam, chanson axée sur deux thématiques: d'une part la volonté et la difficulté, pour un homme de la rue, d'accéder à la gloire, d'autre part, la peine de mort (à travers une erreur judiciaire). Brassens, qui analyse tout en écoutant (il note aussi la curiosité et donc la force des musiques associées à chaque texte), remarque cela et donne son opinion à Béart:

Georges Brassens: "(...) là, il y a deux idées. Une chanson, c'est une idée, une seule." 

Guy Béart: "Oui, mais la seconde idée complète et enrichit la première."

Georges Brassens: "Non, elle l'affaiblit: il faut en faire deux chansons. Une chanson, c'est bref, c'est ramassé, on n'a pas le temps d'être sur deux idées."

La discussion se poursuit, tandis que Brassens, afin d'argumenter ses propos, se met à chanter a cappella tout en martelant une petite table de sa main pour s'accompagner. Il demande humblement son avis à Béart, tout en écoutant les interventions de Jacques Grello. Puis, avant de quitter les lieux, tous trois échangent leurs coordonnées sur une carte postale que Guy conserve précieusement. Grello indique le 17, rue des Bleuets, ainsi que son numéro de téléphone: OBErkampf 41.31. Chez Brassens, l'arrivée de l'appareil de communication à distance n'est toujours pas prévue. Mais l'impasse Florimont et la chambrette de Béart (sise au 24, rue Jonquoy) n'étant que peu distantes, celui-ci est invité à passer quand il le souhaitera. Il repart exalté par cette audition passée avec succès devant l'auteur-compositeur de La mauvaise réputation. Les visites chez Brassens et Grello vont s'amorcer environ un mois plus tard. Occasionnelles chez le premier car, d'après les souvenirs de Pierre Onténiente, les habitués de l'impasse Florimont venaient souvent et le manque de place était une contrainte non négligeable. Cependant, ces quelques tête-à-tête sont très enrichissants pour l'un comme pour l'autre: Guy bénéficiait de l'avis du "Bon Maître" sur ses créations tandis que ce dernier lui faisait découvrir certaines des siennes, à l'instar du Testament ou encore de Grand-père. Dans Brassens, homme libre (2011), Jacques Vassal retranscrit des propos issus d'un témoignage de l'auteur de L'espérance folle sur RTL, le 31/10/1981, et venant illustrer ce sujet.

Guy Béart: "() un jour il m'avait chanté Grand-père, sans accompagnement, sans rien, sans musiciens, en me disant: "Tu vois, une chanson, ça se défend sans rien, c'est pas la peine de mettre une orchestration, si elle est pas bonne, elle est pas bonne."

Chez Grello, Béart va roder nombre des chansons de ses débuts, dans la pièce même où le chansonnier avait auditionné Georges quelques années auparavant.

Guy Béart: "Jacques me montrait sur le plancher en bois de sa salle à manger, le creux qui s'était formé petit à petit sous le pied de Georges rythmant ses chansons. Il était content, il avait découvert un deuxième auteur." [Béart G., 1987. L'espérance folle - p. 68]

C'est également l'auteur-compositeur des Quatre métiers qui recommande Guy à Léo Noël, lequel dirige le cabaret L’Écluse, sis au 15, quai des Grands-Augustins. Un après-midi ou rendez-vous lui a été fixé (les auditions ont lieu chaque premier mercredi du mois entre 17H et 20H), le jeune auteur-compositeur-interprète naissant chante Chandernagor et Bon Dieu des vaches, qui ne produisent pas l'effet escompté. Exprimant son point de vue, Léo Noël apprécie la qualité et la singularité des deux chansons, mais trouve les textes trop complexes pour être accrocheurs vis-à-vis du public du cabaret. Après avoir quitté les lieux, Jacques Grello, qui accompagne Béart, ne cache pas une pointe de déception mais reste très encourageant tout en mettant en exergue l'originalité des écrits de son protégé.

Il est important d'évoquer aussi les courriers que Guy a envoyés, d'une part, à Patachou (qui après avoir lu le texte de Vieille misère, émettra le souhait d'une entrevue bien qu'étant en partance pour une tournée européenne débutant par la Suède), d'autre part, aux Éditions Raoul Breton à l'attention de Charles Trenet dont il est un fervent admirateur et qu'il avait vu sur la scène du Théâtre de l’Étoile en 1952.

Guy Béart: "J'aimais la grâce de Trenet, le miracle qui lui faisait découvrir le mot et la note à la fois justes et inattendus. Il représentait pour moi l'extrême opposé du talent, fait de rigueur et de force, de Georges Brassens. Ils étaient les pôles complémentaires qui se ressemblaient et auxquels je voulais ressembler." [Béart G., 1987. L'espérance folle - p. 68]

Le Fou chantant manifeste son intérêt et un rendez-vous est fixé. au cours duquel une conversation cordiale se dessine à propos des quatre textes qu'il a reçus de la part de Béart: Les cure-dents (non publiée), Le quidam, Chandernagor et Le bon Dieu. La dernière bénéficiera d'un conseil de l'auteur de La mer:

Charles Trenet: "Il faut laisser la chanson telle qu'elle est, mais pour qu'elle soit vraiment populaire, il faut remplacer "le Bon Dieu" par "le printemps". Vous pouvez rire du printemps sans problème et, après tout, c'est la même chose que le Bon Dieu: c'est la création." [Béart G., 1987. L'espérance folle - p. 72]

Plus tard, bien plus tard, et après d'importantes modifications, la chanson sera retitrée Le bon Zeus puis publiée sur l'album Demain, je recommence (Temporel GB 00037, 1986). Trenet avait, bien sûr, vu juste. Mais revenons à cet entretien suite auquel il présente Béart de manière enthousiaste à Raoul Breton afin qu'il l'auditionne. Là encore, les textes font mouche. Néanmoins, l'éditeur décide de se rétracter, trouvant trop intellectuel ce qu'il a entendu.

Le lendemain de ce fameux rendez-vous, c'est dans le bureau de Jacques Canetti que Guy Béart défend ses chansons. La chanteuse vaudoise Béatrice Moulin qui, après l'avoir entendu a plusieurs reprises au cabaret de la Colombe (fondé en 1954 par Michel Valette et sa femme dans le quartier de la Cité) où il a fait ses premiers pas (il apprécie pareillement le Port du Salut), avait contacté le directeur artistique... au moment même où Georges Brassens s’apprêtait à en faire autant ! Béart arrive avec une vingtaine de titres prêts et, progressivement mis à l'aise, il se met à chanter. Canetti ne tarde pas à exprimer sa stupéfaction vis-à-vis des textes au style étonnant, mariés à des mélodies parfaitement adaptées.

Jacques Canetti: "Vos chansons m'étonnent ; elles vont donc étonner le public. Commençons dès aujourd'hui. Est-ce que vous voulez passer ce soir en audition publique aux Trois Baudets pour deux ou trois chansons ? J'ai un programme dont la vedette est Francis Claude, je crois que vous le connaissez." [Béart G., 1987. L'espérance folle - p. 75]

Le spectacle en question est Nouvelles têtes... et ... Bonnes manières, qui se joue de mars à décembre 1956. Francis Claude y est entouré de Raymond Devos, Albert Morel, Jean-Marie Proslier, Monique Sénator et les 3 Horaces. Les autres artistes figurant sur l'affiche sont Hubert Deschamps, Bob du Pac, Guy Pierrauld, Michel Roux, Edmond Tamiz et Rosy Varte. Le nom de Guy Béart n'y figure pas, mais Jacques Canetti le fait inclure discrètement à la représentation déjà commencée. La connexion avec le public se met en place rapidement et le succès est au rendez-vous. Trois semaines plus tard, l'engagement devient ferme et Béart se voit programmé officiellement pour la première fois dans le spectacle HI-FI (décembre 1956 à mars 1957), dont Pierre Dac et Francis Blanche sont les vedettes. Se produisent également Raymond Devos avec Henri Garcin, Francis Lemarque, Monique Sénator et Maurice Vamby. A noter que les œuvres de Jean Tinguely sont mises à l'honneur. Du côté de Béart, c'est la déception. Le public, toujours aussi attentif et intéressé, ne ne montre pas aussi communicatif. Habitué à se produire dans des ambiances intimistes (au cabaret de la Colombe autant qu'au Port du Salut, il chante dans une petite salle, au milieu d'une vingtaine de spectateurs réguliers auxquels il demande parfois de chanter avec lui), l'ingénieur des "ponts et chansons" peine à recréer ce climat d'intimité aux Trois Baudets où il se retrouve plus brutalement sous les feux des projecteurs, accroché à sa guitare lui servant de bol d'oxygène. Sa timidité, son trac, sont des points communs avec Georges Brassens. Comme lui, il ne se destinait pas non plus à chanter lui-même, expliquera-t-il à Thierry Beccaro lors de l'émission Matin Bonheur du 27/11/1989 sur Antenne 2.

Guy Béart: "(...) j'ai une voix d'auteur. Je voulais rester chez moi et écrire pour des dames et des messieurs qui feraient les trottoirs de la scène ou les cabinets de la télévision. Je rêvais de faire une carrière à la façon de Vincent Scotto dont je connais toutes les chansons par cœur." [Vignol B., 2016. Guy Béart - Il n'y a plus d'après - p. 46]

Confiant malgré tout, Jacques Canetti se met à démarcher les artistes de son écurie et qu'il sait en recherche de nouvelles chansons pour leur répertoire. C'est notamment le cas de Zizi Jeanmaire qui prépare sa rentrée à l'Alhambra-Maurice Chevalier pour le mois de février 1957. Un soir, elle vient écouter Béart à La Colombe avec intérêt et, choisissant La brave fille, Il y a plus d'un an, Je suis la femme et La corde au cou, elle sort le super 45T Chante Guy Béart (Philips 432.213 BE) à la fin de l'année 1956. Un an plus tard, Zizi enregistrera aussi La gambille (sur un texte de René Fallet) et Qu'on est bien sur son troisième super 45T (Philips 432.207 BE), tiré du film "Charmants garçons" d'Henri Decoin. Mais épanchons-nous sur cette timidité, ce trac, qui permettent également de rapprocher Guy d'un autre ingénieur, mais de Centrale Paris: Boris Vian. Ce dernier, dirigeant du label Fontana (attaché à Philips), avait d'ailleurs rédigé un petit texte de présentation pour le soutenir: "D'abord, ça surprend, puis ça accroche, on écoute et ça déconcerte. C'est autre chose. C'est de l'oxygène dans la chanson de maintenant. C'est Guy Béart et ses chansons !" [Vignol B., 2016. Guy Béart - Il n'y a plus d'après - p. 45]

Le Satrape du Collège de 'Pataphysique se charge également d'encadrer, avec André Tavernier, les sessions d'enregistrement du premier 33T 25 cm de Béart à l’Apollo Théâtre (les studios du boulevard Blanqui ne sont pas disponibles sur le moment). Souhaitant recréer l'ambiance qui est celle de ces récitals à La Colombe, Guy s'entoure de musiciens comme Barthélémy Rosso (guitare), Alphonse Masselier (contrebasse), Joss Baselli ou Freddy Balta (accordéon), avec lesquels il peut travailler ses compositions jusqu'à leur trouver des couleurs qui plaisent à l'unanimité. Quant à Jacques Canetti, il ne se rend volontairement pas aux séances, préférant donner un avis directement sur le résultat final. 



Face 1
1. Qu'on est bien
2. Chandernagor
3. Le quidam
4. Bal chez Temporel

5. L'obélisque

Face 2
1. Le chapeau
2. Il y a plus d'un an
3. Laura
4. L'agent double

5. Dans "Regrettable"

Parmi les dix chansons qui constituent le disque, on en remarquera quatre - Qu'on est bien, Le quidam, Il y a plus d'un an et L'agent double - sur lesquelles Guy Béart est accompagné de chœurs dont Jacques Grello, Boris Vian et Michel Valette, entres autres, font partie. D'autre part, L'obélisque, qui peut prendre plusieurs sens, est un exercice de l'art de la métaphore qui plaît beaucoup à Brassens. L'agent double a également une petite histoire: interprétée dans l'émission humoristique et d'actualité satirique La Boîte à sel (animée par Jacques Grello, Robert Rocca et Pierre Tchernia sur l'ORTF) du 30/12/1956, elle a bénéficié de quelques petites suggestions de Georges qui a eu l'occasion de la découvrir en avant-première:

Ceux qu'hier il avait doublés
D'un coup, d'un seul, l'ont poignardé
Dans le gras double.

"Dans le gras double" est une trouvaille du sétois moustachu. Guy n'accordant que peu de crédit à cette chanson qu'il voyait comme un succès trop facile, Brassens a eu cette remarque d'importance:

Georges Brassens: "Tu sais, Guy, ce n'est pas facile de faire un tube. c'est très important d'en avoir, et il faut parfaitement le visser." [Béart G., 1987. L'espérance folle - p. 110]

Bal chez Temporel est sans doute le morceau du véritable démarrage de la carrière de son auteur. Il s'agit de l'adaptation d'un poème d'André Hardellet: Le Tremblay, issu du recueil La Cité Mongol, publié chez Seghers en 1952 avec l'appui de Pierre Mac Orlan. Béart et Hardellet se sont connus par l'entremise de René Fallet. L'auteur de Banlieue sud-est (1947) et du Triporteur (1951), qui vient de faire paraitre récemment La Grande Ceinture (1956), est en effet un visiteur fréquent du cabaret de la Colombe, avec son épouse Agathe.

Agathe Fallet: "René était un ami de Brassens, et Brassens aimait énormément ce que faisait Béart à ses tout débuts. Georges a donc présenté Béart à René en 1956, et ils ont lié amitié pour autant que Guy était quelqu'un d'assez sauvage. Il ne faisait pas partie de la "bande", c'était un solitaire, quelqu'un de tout à fait à part (...) Par la suite, lors d'un dîner chez André Vers, René a présenté Guy à Hardellet et il a mis de la musique sur ses poèmes." [Vignol B., 2016. Guy Béart - Il n'y a plus d'après - p. 50]

Au cours de ce fameux dîner, la bonne ambiance régnant entre les convives, cette bande de copains tissant des liens entre eux, a marqué André Vers. Le 03/03/1991, dans l'émission radiophonique de Roland Dhordain L'actualité a une histoire (France-Inter), il aura cette réflexion:

André Vers: "René Fallet disait qu'il y avait deux veines dans son écriture, dans ses romans, une veine beaujolais et une veine whisky. Si on comparait, on pourrait dire que Brassens-Fallet, c'était la veine beaujolais et que Béart, c'était la veine whisky." [Calvet L.-J., 1991. Georges Brassens - p. 142]

Si tu reviens jamais danser
Chez Temporel, un jour ou l'autre...

Avec L'agent double, Le quidam et Poste restante, Bal chez Temporel sera porté par Patachou qui, revenue de sa tournée, organise un rendez-vous avec Guy Béart afin de lui signifier son souhait d'enregistrer un disque. Le super 45T Patachou chante Guy Béart (Philips 432.194 NE) paraîtra en 1958. La même année, Juliette Gréco propulsera Chandernagor, Que j'aime, Qu'on est bien et Les lunettes sur Chante Guy Béart (Philips 432.152 NE) tandis que Philippe Clay reprendra La gambille sur son huitième super 45T (Philips 432.224 BE).

Le 33T 25 cm Guy Beart ‎- Chante Avec Ses Amis - N° 1 est publié sur le label Fontana avec la référence 660.209 MR en septembre 1957, dans les mêmes temps qu'est inaugurée l'usine Philips de Louviers en présence des artistes maison. C'est une période charnière pour Béart qui passe définitivement de l'ingénierie au métier d'auteur-compositeur-interprète à temps plein. Malgré une certaine frilosité au sein de son entourage, Jacques Canetti montre une grande assurance lors du lancement. La pochette, dont le recto est illustré d'une photo prise Henri Guilbaud, dévoile deux préfaces. La première est signée Pierre Mac Orlan, qui met en avant l'originalité des textes et des mélodies tout en faisant un parallèle avec Boris Vian. La seconde vient de Georges Brassens:

Encore un qui s’approche armé d’une guitare et qui ne finira jamais à l’Opéra, et qui ne sait pas faire l’acrobate sur la place publique. Encore un qui ne parle tout à fait de la pluie et du beau temps. Bref un poète, un chrétien pas très catholique et qu’on donne à manger aux lions. 
Que les oreilles ouvertes aux quatre vents aillent écouter autre chose, mais pour ceux qui ont cinq minutes à perdre, pour ceux qui veulent prendre des vacances dans la lune et sortir de leurs habitudes, voici Guy BÉART enchanté de faire leur connaissance, qui les entraîne vers des horizons sans gares ni garages et bon voyage.

Les deux premiers super 45T de Guy Béart arrivent eux aussi dans les bacs sous les références suivantes: Philips 432.228 BE (Qu’on est bien, Le chapeau, Bal chez Temporel, Laura) et Philips 432.229 BE (Chandernagor, Il y a plus d’un an, Le quidam, L’obélisque). En 1958, Guy Beart ‎- Chante Avec Ses Amis - N° 1 reçoit le Grand Prix de l'Académie du disque français et se voit réédité sous la référence Philips ‎B 76.418 R (exemplaire présenté ci-dessus). Nouveauté importante pour ce pressage: une troisième préface a été ajoutée au verso: celle de Jacques Grello qui voit l’œuvre de Béart marquer petit à petit mais de façon certaine l'histoire de la chanson.

A l‘initiative de Jacques Canetti, un court-métrage intitulé Rendez-vous chez Jacques Canetti à St-Cyr-sur-Morin (co-production Belgique/Jacques Canetti) est tourné en 1959 au Moulin de Chavigny. Il s'agit de la propriété que celui que Brassens surnomme "Socrate" a acquise en 1955. On peut y voir le poète sétois, Jacques Brel, Guy Béart et Jean-Pierre Chabrol, immortalisés par le photographe Roger Picard. Les trois premiers sont interviewés par Luc Bérimont, évoquant leurs œuvres respectives. Sur le plan musical, Guy Béart interprète Sac à malices puis Printemps sans amour, accompagné entre autre par Pierre Nicolas. Il est suivi des Baladins des Champs-Élysées qui reprennent Printemps sans amour, avant que Georges Brassens  ne chante L'orage. Lors de cet évènement, et bien que Béart continue d'avancer, Canetti montre malgré tout une appréhension et lui dit: "Au fond, si ça ne marche pas pour vous, vous pourrez toujours redevenir ingénieur." Bien que l'intéressé n'apprécie guère, il reconnait que cette prudence soit légitime, compte tenu de la difficulté du métier.

Le métier, justement, il en parle souvent avec Georges Brassens lorsque tous deux se fréquentent, particulièrement à Crespières. En témoigne une photo prise en 1966 et publiée par Mario Poletti dans Brassens, l'ami (2001). On y voit les deux artistes en compagnie d'André Vers. Brassens porte la toute jeune Emmanuelle Béart dans ses bras. D'autres clichés de cette période figurent dans Brassens me disait... (2011). En août 1968, Guy arrange une rencontre entre deux Georges: Brassens et Pompidou. A la demande du second (que Béart a connu par le biais de Raoul Audibert, son professeur de français au lycée Henri IV), un déjeuner est organisé au "Moulin de La Bonde", au cours duquel se noue une discussion sur fond de littérature. Plus particulièrement autour de L'Anthologie de la poésie française publiée par Pompidou en 1961. A celui-ci, Brassens offre un exemplaire d'un roman de Guillaume Apollinaire: Les Onze Mille Verges ou les Amours d'un hospodar (1907). La chanson, revenons-en à elle, est un sujet prépondérant des conversations passionnées entre Guy et Georges. Dans Brassens au bois de son cœur (2001), Jean-Paul Sermonte nous fait découvrir une photo d'eux dans le salon de la maison yvelinoise de l'auteur de La mauvaise réputation. Elle est signée Louchard et datée du 20/06/1971. Admirateur de l’œuvre de Georges, Béart chantait parfois certains titres de celui-ci, ou bien de Léo Ferré, lorsqu'il se produisait à La Colombe. Ceci lui permettait de tester ses propres textes vis-à-vis du public, comme il l'explique dans L'espérance folle. Marinette, Pauvre Martin et Une jolie fleur sont des chansons brasséniennes faisant partie de celles qu'il préfère, les plaçant habituellement au-dessus de certains des textes les plus recherchés de Georges. Un parallèle entre l’œuvre du sétois moustachu et certaines chansons de Guy se dessine parfois. Ainsi en est-il par exemple de Chanson pour ma vieille, publiée sur son second 33T 25 cm (Philips B 76.434 R)  en 1958 avec L'eau vive. Dédié à la mère de l'artiste, ce texte peut suggérer, en filigrane, Chanson pour l'Auvergnat.


Présent (ainsi que les quatre titres du super 45T Philips 432.152 NE évoqué plus haut) sur la face A du 33T 25 cm Juliette "New-Style" (Philips B 76.417 R) publié en avril 1958 par Juliette Gréco, Complainte, poème issu du recueil L'instant fatal (1948) de Raymond Queneau, mis en musique par l'ingénieur des "ponts et chansons", fait apparaître seize fois le mot 'con'... avant que Brassens ne surenchérisse avec Le temps ne fait rien à l'affaire !

A travers L'homme à la guitare, qui aborde les difficultés d'un artiste à affronter la scène et le public à ses débuts, d'aucuns penseront au troubadour libertaire, lequel ne goûte guère à ce texte lorsqu'il le lit. Ce, malgré un épilogue généreux. Aussi restera-t-il dans les cahiers de son auteur. Depuis toujours, Béart affectionne la perfection de l'écriture. Ce qui ne manque pas de rendre encore plus passionnées ses entrevues avec Brassens.

Pierre Onténiente: "Georges avait plus que de l'estime pour Béart et pour ses grandes qualités d'auteur. Mais ils avaient parfois des prises de bec, ce qui faisait beaucoup de peine à Béart, car le jeu favori de Georges étant la contradiction, il s'amusait à trouver des failles dans l'écriture des chansons de Béart, et le lui disait. Alors Béart, en retour, esayait de trouver des failles dans l'écriture des chansons de Georges - et, entre nous, il avait bien du mal, ce qui le désespérait !" [Vassal J., 2006. Brassens, le regard de "Gibraltar" - p. 193]

Une anecdote intéressante vient illustrer les propos de Gibraltar. En effet, au cours d'un entretien avec Baptiste Vignol réalisé à la fin du mois d'octobre 2013 et paru dans le onzième numéro de la revue Schnock (juin 2014) sous le titre "C’est Béart qui te parle !", Guy évoquera Une jolie fleur :

Guy Béart : "(...) Il m'arrive par exemple de pouvoir changer des mots dans des chansons de Brassens en me disant "Tiens, ce mot irait mieux que tel autre". Dans "Une petite fleur", il dit à la fin (Béart chante): 

J'lui en ai bien voulu, mais à présent,
J'ai plus d'rancune et mon cœur lui pardonne
D'avoir mis mon cœur à feu et à sang


"Mon cœur lui pardonne d'avoir mis mon cœur" ! Ça ne va pas ! Je le lui ai dit. Il n'était pas content !" [Vignol B., 2016. Guy Béart - Il n'y a plus d'après - p. 261]

S'il faut reconnaitre que cette répétition peut déranger, une analyse approfondie du texte tend à démontrer la possibilité qu'elle soit volontaire. Ce sujet sera développé dans un prochain article. Toujours est-il que Guy Béart, dans son interprétation pour la compilation Ils chantent Georges Brassens (publiée en février 1998 dans la collection "Ils chantent" des Éditions Atlas, sous la référence 6227 203), changera le vers
J'ai plus d'rancune et mon cœur lui pardonne en J'ai plus de rancune et même je lui pardonne :


Il nous paraît également très important d'aborder l'ouvrage On connait la chanson !, publié par le journaliste et pamphlétaire André Halimi en 1959. Georges et Guy sont co-préfaciers de cette étude de la chanson sous ses aspects artistique, économique et social. Aussi, ils participent tous les deux - avec Henri Salvador et Boris Vian - à un débat dirigé par l'auteur. On en retrouve le contenu dans Music-Hall N°38 (mars 1958) sous le titre Les véritables héritiers de la bonne chanson espèrent triompher malgré la conspiration de la médiocrité*1. Une séquence qui nous intéresse ici voit le compositeur de la musique de Bal chez Temporel s'exprimer sur le fait que Maurice Chevalier a popularisé nombre de mauvaises chansons, sa personnalité et son travail aidant beaucoup. Brassens rebondit avec une réflexion argumentée grâce aux souvenirs musicaux de son enfance à Sète:

Georges Brassens: "Et aussi parce que ses chansons plaisent au public. Trop de chanteurs croient que leur talent d'interprète suffit. Erreur. Il faut que le public quitte la salle en fredonnant les chansons qu'il vient d'entendre, qu'il les chante chez lui, sans le chanteur. Alors, le charme opère et le public revient au chanteur pour entendre d'autres chansons. Le talent de l'artiste lui fait gagner la partie sur la scène, mais encore faut-il la gagner chez le public, dans sa maison, dans sa vie... Ce sont les chansons qui font ce miracle et prolongent le tour de chant et le succès hors de la scène... Du moment qu'elles plaisent, bonnes ou non..."

Dans cette réflexion pointue sur le succès des chansons et chanteurs se dessine un point de vue - l'importance de la musique - que Brassens va défendre face à un Béart mettant en avant les textes itou. En atteste les troisième et quatrième parties de l'émission Campus Spécial: Les copains d'abord diffusée sur Europe 1 les 14 et 15/10/1970. Une chanson est un ensemble à deux composantes: un texte et par-dessus tout une musique qui se marient. C'est l'idée que Georges démontre ici, au fil d'une joute oratoire, restée célèbre, avec son confrère. Le désaccord sera réamorcé de plus belle dans l'émission Bienvenue à Georges Brassens, enregistrée le 03/11/1970 et diffusée les 29/03 et 08/05/1972 sur la première chaîne de l'ORTF. Baptiste Vignol, dans son ouvrage Guy Béart - Il n'y a plus d'après, nous retrace l'intégralité de la discussion - parfois traversée de grands éclats de rires - entre les deux protagonistes, ainsi que René Fallet, Jacques Grello et André Vers. A ce programme télévisé s'associent nombre d'autres souvenirs. Gibraltar y va de sa petite anecdote:

Pierre Onténiente: "Béart pouvait lui demander de venir, Georges le faisait volontiers, et ils avaient beaucoup de succès. Du reste, le jour où ils ont enregistré l'émission à Sète avec Georges, il s'est trouvé au moins une vingtaine de personnes qui se sont fait porter pâles pour pouvoir en être !" [Vassal J., 2006. Brassens, le regard de "Gibraltar" - p. 194]

L'évènement est largement couvert par la presse: Les Dépêches du 02/03/1972, La semaine Radio-Télé du 04 au 10/03/1972, Télé 7 Jours du 04/03/1972 avec un article de Jacques Prezelin titré "Georges Brassens tire ses chansons de ses bons (ou mauvais) souvenirs", Ciné Revue du 23/03/1972, Bonnes Soirées TV du 25/03/1972 ainsi que Télé 7 Jours du 08/04/1972 avec un article de synthèse signé Janine Brillet. Voici la présentation que l'on peut lire dans Télérama du 26/03/1972 : "Un document rare. Pour la première fois, à la télévision, Brassens, le solitaire, a accepté de paraître entouré par un groupe d’amis et d’évoquer quelques souvenirs. Brassens parle détendu et souriant, comme à la veillée. C’est par amitié pour Guy Béart qu’il découvrit, à Nice, et conseilla à ses début que Georges Brassens nous apparaîtra pour un soir." Eric Battista, Jean Bertola, Loulou Bestiou, Alphonse Bonnafé, René Bourdier, Jacques Canetti, Jean-Pierre Chabrol, Colette Chevrot, Henri Colpi, Henri Delpont, Joël Favreau, Paco Ibañez, Michel Lancelot, Jean-Pierre Lang, Boby Lapointe, Pierre Maguelon, Pierre Nicolas, Louis Nucera, Jean Rault, Patachou, Püpchen, André Tavernier et André Tillieu entre autres, font partie des invités, dont les coupures de presse précédemment écorchent parfois les noms. Ci-dessous, un passage de la première partie de l'émission mettant à l'honneur Alphonse Bonnafé, qui apparait à la télévision pour la première fois. Brassens évoque ses retrouvailles avec son ancien professeur de lettres au Marché aux Puces de la porte de Vanves en 1946.


Au bois de mon cœur, Grand-père, La chasse aux papillons, La complainte des filles de joie, La marguerite, Le mécréant, Le petit cheval, Le temps ne fait rien à l'affaire, L'orage et Les copains d'abord (avec les Haricots Rouges) figurent parmi les chansons interprétées par le sétois moustachu à cette occasion. Après les deux dates de diffusion sont parus deux articles marquant une réelle sympathie pour Georges, mais critiques sur la forme du programme: il s'agit de Les minettes à Béart de Maurice Clavel, dans Le Nouvel Observateur du 15/05/1972, et de l'entrefilet La boîte aux images, de Clément Ledoux dans Le Canard Enchaîné du 17/05/1972. Bienvenue..., conçue par Guy Béart comme un talk-show dans lequel un invité de prestige est entouré d'amis, comme nous l'avons vu, a honoré plus d'un cinquantaine de personnalités, dont Duke Ellington le 07/08/1973. C'est lors de l'enregistrement des premiers numéros en juillet 1966 que Michel Bourdais a réalisé le dessin illustrant l'introduction du présent article. Une remarque concernant Georges Brassens: il a également participé, en tant qu'invité, à Bienvenue à Pierre-Jean Vaillard, enregistrée le 22/10/1970 et diffusée en décembre 1970. Il y a chanté Ballade des dames du temps jadis, La cane de Jeanne et Corne d'Aurochs.

Auparavant, Guy Béart et lui se sont retrouvés sous la houlette de Guy Lux, au Palmarès des chansons diffusé sur la première chaîne de l'ORTF le 28/03/1968. Dans cette émission dédiée à l'auteur-compositeur de L'eau vive, Georges a interprété La prière. parmi les autres invités: Joséphine Baker, Serge Gainsbourg, Juliette Gréco, Catherine Sauvage, Pierre Seghers et Charles Trenet. Pour le reste, deux autres programmes sont ici à retenir: Système 2,  enregistré le 22/04/1975 et diffusé sur Antenne 2 le 27/04/1975, avec le groupe Abba, Guy Béart, Georges Brassens et Carlos entre autres, autour de Guy Lux et Sophie Darel. En compagnie de Jacques Grello, Georges et Guy chantent Une jolie fleur et Il fait beau, le second titre étant l’œuvre du chansonnier et complice de Robert Rocca. A la suite, le sétois interprète seul L'orage.

 

Numéro un Guy Béart, enregistré le 09/02/1978 et diffusé le 04/03/1978 sur TF1, réunit, outre l'ingénieur des "ponts et chansons", Anne-Marie Besse, Jane Birkin, Coluche, Diane Dufresne, Michel Fugain, Lino Ventura et bien sûr, Georges qui chante Chanson pour l'Auvergnat et Pauvre Martin. Le surprenant décor futuriste du plateau renvoie au 33T Futur - Fiction - Fantastique (Temporel GB 00024)*2 sorti en décembre 1977, dont la pochette est l’œuvre du dessinateur Jean Giraud dit Mœbius. Pour alimenter les séquences de débat sur le thème de la science-fiction, Maritie et Gilbert Carpentier ont convié le neurobiologiste Henri Laborit, le physicien Louis Leprince-Ringuet sans oublier l'écrivain et journaliste Numa Sadoul. A la fin de l'année 1978, Angèle Guller publie Le 9e Art: Pour une connaissance de la Chanson française contemporaine (de 1945 à nos jours), étude fouillée dont Béart, Brassens et Gainsbourg sont les parrains. Dans son Brassens me disait..., Mario Poletti nous montre une photo prise au cours d'une réception dans le cadre du lancement du livre le 05/12/1978.

Lors de l'annonce de la disparition de Georges Brassens, Guy Béart a été très affecté: "Nous venons de perdre un être exceptionnel, d'une générosité qui rayonnait en toutes circonstances. Nous sommes d'autant plus chagrinés que nous le voyions mourir centenaire." De toutes les grandes figures de la chanson francophone qu'il a côtoyées, le poète sétois est celui avec qui il a eu la plus grande complicité et partagé le plus. Trente ans plus tard, l'auteur-compositeur de Chandernagor assistait au vernissage de l'exposition Brassens ou la liberté à la Cité de la musique et avait cette pensée, immortalisée sur le papier : "L'un des êtres les plus extraordinaires que j'ai rencontrés. La chair de ses mots est un morceau de nous tous." Artiste des plus inspirés de sa génération, Béart, qui souhaitait que l'on se souvienne de lui comme d'un troubadour contemporain anonyme, a laissé une forte empreinte parmi ses pairs. Ainsi révélait-il à Fred Hidalgo, co-fondateur - avec son épouse Mauricette - de la revue musicale Chorus (Les Cahiers de la chanson), une anecdote datée de 1969 et selon laquelle Georges Brassens lui aurait dit en riant, cette locution devenue légendaire: "Il y a deux grands auteurs-compositeurs au XXe siècle: le premier, moi, le second, Georges Brassens ! A part ça, il y a Guy Béart..."


*1Le texte intégral de ce débat a également été reproduit dans le recueil de textes de Boris Vian titré La belle époque (1980).
 
*2Ce disque comprend le titre Les temps étranges, à l'origine prévu pour le 33T 25 cm Guy Beart ‎- Chante Avec Ses Amis - N° 1, mais écarté par Boris Vian qui, à l'époque, le trouvait trop avant-gardiste.

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